Moyen-âge, les arabes parlaient déjà médecine !

Après avoir rassuré votre interlocuteur, vous continuez votre promenade jusqu’au bloc opératoire, partie de l’hôpital que vous ne pouvez visiter. «Opération chirurgicale», cet acte que les arabes ont énormément amélioré, vous fait très peur. Abu Al-Qasim (أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي), entre autres, est l’un des plus grands chirurgiens. En effet, il a écrit un livre nommé La pratique qui, en plus de décrire et illustrer plus de 200 instruments opératoires tels que le bistouri, les sondes et les stylets, décrit de manière incroyablement précise des techniques médicales concernant, entre autres, l’amputation, les fractures, l’opération des calculs de la vessie, l’accouchement et d’autres interventions.


Moyen-âge, les arabes parlaient déjà médecine !

4 :00 AM. Les chiffres rouges de votre réveil semblent vous réprimander de ne pas vous avoir encore abandonné dans les bras de Morphée. Ce n’est pourtant pas de votre faute ; ça fait plus de trois heures que vous vous retournez dans votre lit à cause de ses fichues crampes dont vous ne comprenez pas l’apparition. Lorsqu’enfin, vos paupières se ferment, des nausées s’invitent et c’est la goutte qui fait déborder le vase ! Vous vous levez de votre lit, enfilez une veste, montez dans votre voiture et direction : les urgences.

En chemin, vous pensez à ces gens d’autres fois qui n’avaient nulle part où partir lorsqu’ils étaient mal en point. En fait, ce que vous ignorez, c’est qu’au moyen-âge, en Orient, il y a avait au moins un hôpital dans chaque ville arabe et le plus grand, fondé par le Calife Haroun al-Rachid, se situait à Bagdad. Cet hôpital était non seulement le plus grand, mais aussi le plus bien équipé avec ses 24 médecins, dont des spécialistes, tels que des chirurgiens, des ophtalmologistes ainsi que des orthopédistes. C’est d’ailleurs les arabes qui ont révolutionné le fonctionnement des hôpitaux en améliorant le confort et l’hygiène des patients, tout cela en accueillant les malades de manière totalement gratuite. C’est aussi là-bas qu’on a vu naître la musicothérapie. En effet, des concerts étaient présentés aux patients.

Après une conduite effrénée, vous arrivez enfin à l’hôpital et vous vous présentez à l’accueil. Malgré l’heure très matinale, la salle est bondée de patients. Vous vous installez et trouvez un magasine que vous commencez à feuilleter. Soudainement, vous tombez sur le nom d’un certain Rhazès (أبو بكر محمد بن يحيى بن زكريا الرازي) et il vous intrigue tellement que vous décidez de lire l’article à son sujet. Vous apprenez alors que Rhazès est un savant arabo-perse qui a énormément apporté à la médecine. Il est celui qui a décrit les symptômes et causes des calculs rénaux et vésicaux, de la variole, du rhume des foins et de la rougeole. Rhazès est aussi le premier à différencier la petite vérole de la varicelle et à comprendre que la fièvre est un mécanisme de défense du corps. Un enfant commence à pleurer, ce qui vous interrompt de votre lecture et vous tape sur les nerfs. En parlant de nerfs, Rhazès est celui qui a identifié sept nerfs (7) crâniens et trente-et-un nerfs (31) spinaux, ce qui lui a permis de décrire le rôle moteur et sensitif de ces derniers.

237. C’est le numéro que l’écran affiche. Comble du malheur, vous êtes le numéro 312 ! Vous décidez alors de vous promener dans l’hôpital afin de tuer le temps. Vos pas vous mènent jusqu’à l’aile de maternité, ce qui vous rappelle que ce sont les arabes qui ont été les premiers à pratiquer l’accouchement par césarienne. L’odeur d’antiseptique vous pique les yeux tellement elle est prononcée. Vous les grattez frénétiquement, en ignorant que le savant Avicenne est le premier à avoir décrit une anatomie de l’œil correcte, en plus d’avoir donné les symptômes de la cataracte.

Votre mal de tête vous rappelle soudainement la raison de votre visite hospitalière. Vos pieds se figent de peur : et si ce mal de tête était dû à une méningite, cette maladie dont Avicenne s’est chargé de décrire ? Vous chassez cette idée de votre tête en mettant la faute de ce mal sur le dos de votre diabète, une autre maladie dont Avicenne donne la symptomatologie. En effet, ce grand savant, aussi nommé Ibn-Sina, a révolutionné le monde de la médecine en découvrant, par exemple, que l’atmosphère et l’eau contiennent des petits organismes qui transmettent certaines maladies infectieuses. Qui plus est, ce prodige est celui qui a pointé du doigt les rats comme étant responsables de la propagation de la peste et la voie placentaire, de certaines maladies infectieuses.

Votre téléphone sonne : c’est un de vos proches qui s’inquiète pour vous. Vous hésitez avant de répondre, mais vous vous rappelez qu’Avicenne a toujours mis l’accent sur les relations humaines pour garder une bonne santé mentale, ce qui vous convainc de prendre cet appel. Après avoir rassuré votre interlocuteur, vous continuez votre promenade jusqu’au bloc opératoire, partie de l’hôpital que vous ne pouvez visiter. «Opération chirurgicale», cet acte que les arabes ont énormément amélioré, vous fait très peur. Abu Al-Qasim (أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي), entre autres, est l’un des plus grands chirurgiens. En effet, il a écrit un livre nommé La pratique qui, en plus de décrire et illustrer plus de 200 instruments opératoires tels que le bistouri, les sondes et les stylets, décrit de manière incroyablement précise des techniques médicales concernant, entre autres, l’amputation, les fractures, l’opération des calculs de la vessie, l’accouchement et d’autres interventions.

C’est bientôt le temps de votre consultation, alors vous retournez dans la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, votre numéro apparaît sur l’écran lumineux et vous vous dirigez dans le bureau du médecin. Après une auscultation et quelques questions sur votre régime alimentaire, le médecin vous annonce que vous faites une indigestion et vous prescrit un médicament antispasmodique. Vous le remerciez et courez à la pharmacie vous procurez votre héros.

Comme dans les hôpitaux arabes du moyen âge, l’hôpital contient une pharmacie, ce qui vous évite de vous déplacer. Effectivement, à l`époque, ces établissements de santé avaient dans leurs enceintes des salles réservées au rangement et à la fabrication de médicaments. Ces salles, appelées khizâna al-ashriba (خزانة الأشربة) (armoire des boissons en français), témoignent des grandes connaissances pharmaceutiques des arabes. Des livres tels que Table des médicaments simples (kitâb al-Musta’înî – كتاب المستعيني), écrit par le médecin Ibn-Biklârish ont été très utilisés à l’époque.

Après vous avoir procuré votre médicament, vous allez directement chez vous pour vous reposer. Vous rejoignez votre lit, soulagé de vos douleurs et heureux d’en avoir tant appris sur la médecine arabe. Vos yeux se ferment et vos pensées se perdent sur cette citation de Montgomery Watt : «Quand on se rend compte de toute l’étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que, sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne seraient pas développées comme elles le sont. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs […]. Lorsque vers 1100, les Européens s'intéressèrent à la science et à la philosophie de leurs ennemis sarrasins, ces disciplines avaient atteint leur apogée. Les Européens durent apprendre tout ce qu'on pouvait alors apprendre, avant de pouvoir à leur tour progresser eux-mêmes.»

 

Par Asmaa Mahidjiba (Montréal, Canada)


Références

  1. La médecine arabe
  2. La Médecine arabo-musulmane
  3. L'âge d'or de la médecine arabe
  4. La médecine en terre d’Islam : ses avancées et ses artisans (IXe-XIIIe S.)

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